Le Web se développe, le Web se démocratise, s’ouvre à des contributions de plus en plus nombreuses, permet des applications dont la variété est impressionnante. Comme toute « technologie », le Web est régi par des normes, des standards, censés permettre à tout acteur désireux de s’aventurer sur la Toile de parler le même langage que les autres et d’assurer une interopérabilité maximale. L’organisme principal chargé de gérer ces standards est le W3C [E.N.], créé par l’inventeur du Web en personne, Tim Berners-Lee (c’est dire le poids que devrait avoir le W3C en matière de standards, et l’importance que revêtent les normes aux yeux du père du Web). Le W3C est géré par des centres de recherche et associe des entreprises à sa démarche, pour assurer que les standards définis soient le plus largement diffusés.
Cependant, la normalisation, bien que théoriquement claire - il suffit de développer selon les standards -, a eu beaucoup de mal à se diffuser dans la pratique. Et pour cause : pour des raisons stratégiques, les deux grands navigateurs des débuts du Web, Netscape Navigator et Internet Explorer, se livrèrent à une guerre du langage HTML, chacun interprétant son propre HTML afin de créer un verrou des consommateurs : un site développé pour IE avait peu de chances de bien rendre sous Netscape, et vice-versa. Il s’agissait alors de s’assurer que le plus grand nombre d’entreprises utiliseraient sa version du langage pour inciter indirectement les utilisateurs à utiliser son navigateur. On sait que Microsoft a fini par gagner, puisque Netscape a longtemps périclité et est actuellement en fin de vie (AOL, qui avait racheté Netscape, a annoncé la fin de la prise en charge du navigateur [E.N.]). Il faut noter que cette victoire n’est que relative, puisque de Netscape découle directement Mozilla Firefox, utilisé par environ 17% des internautes actuellement.
Cette situation confuse n’a pas servi les intérêts de la normalisation : le HTML d’IE n’était pas conforme aux standards de plus en plus rigoureux définis par le W3C. La création du XHTML marque implicitement l’échec du HTML comme standard reconnu et diffusé. Le XHTML repart presque à zéro, implémente le XML comme base du XHTML, pour plus de rigueur dans le balisage des pages. Un grand nombre de balises sont supprimées, quelques nouveaux éléments font leur apparition… L’idée essentielle est d’assurer la séparation du fond (codé en XHTML) et de la forme (écrite généralement en CSS). Ainsi, on permet à l’information d’être indépendante de sa présentation. Les utilisateurs « minoritaires », comme les navigateurs textuels, qui ne présentent que l’information sans design, ou les personnes handicapées visuelles, qui peuvent utiliser un rendu leur facilitant l’accès à l’information, mais aussi les terminaux mobiles, dont l’écran est nettement plus petit, ne sont donc plus lésées.
L’acceptation de ce nouveau standard se heurtait à plusieurs difficultés.
La première, de taille, était que les développeurs habitués à l’HTML devaient changer leurs habitudes. Et même les personnes apprenant à développer après la création de ce standard n’étaient pas toutes formées au XHTML ! Question d’habitude, qui prend généralement beaucoup de temps à être changée.
D’autre part, le navigateur utilisé par une immense majorité des internautes, IE, a longtemps interprété les pages Web résolument différemment. Se posait alors un dilemme pour le développeur consciencieux : produire un code valide, standard, normé, mais mal lu par IE, ou produire un code adapté à IE et non valide. Sans compter les contraintes économiques pesant sur les développeurs salariés… Comment prendre le temps de coder proprement dans ces conditions ?
Enfin, l’ouverture du Web et sa démocratisation eut pour inconvénient d’ouvrir la création de contenu à des gens non initiés à la programmation Web… Comment s’assurer alors que l’information produite l’était respectueusement des standards ?
Aujourd’hui, l’évolution va dans le bon sens, et on ne peut que s’en féliciter. Ainsi, la nouvelle version d’IE, IE7, fait un grand pas en avant en termes de respect des standards. IE8, la version en développement, semble plus prometteuse encore. Les états d’esprit changent… Même si seuls 30% des utilisateurs d’IE6 sont passés à la version 7, ce qui relativise le progrès accompli.
D’autre part, les bonnes habitudes - les plus dures à prendre - commencent à rentrer. Le développement Web se fait de plus en plus proprement, avec une considération des standards. Preuve s’il en faut, le W3C travaille actuellement sur une version 5 de HTML, alors que la version 4 date de 1998-1999, et que le XHTML 2.0 est en travaux depuis environ 7 ans… Bref, alors que le W3C était très peu dynamique, l’activité a nettement repris ces derniers temps.
Enfin, les systèmes de gestion de contenu (CMS), qui sont l’interface privilégiée de publication de contenu pour les non développeurs, évoluent, se complexifient, et s’améliorent, pour s’assurer que l’information publiée est standardisée.
Finalement, le Web est de plus en plus propre, et c’est tant mieux. Il reste cependant beaucoup de travail à faire, et il faut rester vigilant concernant les technologies avancées de développement Web, comme l’AJAX, qui peuvent troubler les standards en utilisant des entités étrangères aux recommandations du W3C, ou en masquant des irrégularités par l’actualisation du contenu côté client… Espérons que le W3C prenne ces évolutions en compte et sache adapter ses standards rapidement.