Archive for the ‘Droit des NTIC’ Category

Stratégie Internet de TF1

LeMonde.fr [fr] rapporte que TF1 réclame 100 millions d’€ à Youtube et 35 millions d’€ à Dailymotion pour contrefaçon : les deux sites de partage de vidéo hébergent des séquences propriétaires de TF1, violant ainsi le Code de la Propriété Intellectuelle.

Si la requête de TF1 semble justifiée, vu qu’en effet Youtube et Dailymotion permettent la diffusion d’extraits d’émissions de TF1 sans son autorisation expresse, on peut s’interroger sur l’opportunité de ces deux actions en justice.

En effet, elles sont initiées alors que la chaîne cherche à accroître sa présence sur l’Internet et les supports émergents. Sa participation dans OverBlog est passée de 20% à 35%, elle a investi dans le portail de localisation Nomao et continue le développement de WAT, sa propre plateforme de partage de vidéos. Mettre sous pression les deux hébergeurs de vidéos les plus populaires contribuera probablement à l’accroissement des visites de WAT, hébergeant légalement les extraits d’émissions de TF1. La chaîne envisage également de faire de WAT un moyen de visionner les programmes passés les jours précédents.

Si WAT semble être un moyen cohérent d’accroître sa présence sur le Web, on peut se poser la question de la pertinence des autres investissements de TF1. Ils sont économiquement justifiés, car rentables (OverBlog et Nomao accueillent à eux deux plusieurs millions de visiteurs par mois), mais ne font pas sens à première vue. Quel intérêt pour une chaîne de télévision d’agir dans le domaine du blog ou de la localisation ?

Il serait à mon avis dommageable pour l’image de la société qu’elle investisse dans une pure logique de prise de position avantageuse sur le Web, sans avoir de logique de contenu et de comportement cohérente avec son activité traditionnelle.

Thursday, April 17th, 2008

Vidéosurveillance : la voix de la CNIL

Constatant la part croissante du numérique dans les dispositifs de vidéosurveillance et la volonté du gouvernement d’augmenter significativement le parc de caméras de vidéosurveillance, la CNIL a adressé aujourd’hui une Note sur les difficultés d’application des règles relatives à la vidéosurveillance [PDF, F.R.] à la Ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie (voir le communiqué [F.R.]).

Sans remettre en cause le principe de la vidéosurveillance, la CNIL, suivant sa mission (définie dans la loi du 1er juillet 1978 relative à l’Informatique et aux Libertés), cherche à garantir le respect du droit à la vie privée lors de l’utilisation de la vidéosurveillance. Elle critique :

« un cadre juridique aléatoire, difficilement compréhensible et quasiment inapplicable, [et] l’absence d’autorité de contrôle indépendante de la vidéosurveillance dans les lieux publics. »

La note est intéressante, brève et aérée, je vous conseille de la lire. D’autant qu’au-delà des problèmes administratifs, juridiques et de compétences, le président de la CNIL, Alex Türk, rappelle que le développement des technologies d’analyse automatisée des images constitue un domaine essentiel où la vigilance doit être constante et dont l’encadrement doit évoluer rapidement. Des premières applications permettant d’identifier des personnes grâce à des images et à les associer à des informations d’une autre nature (comme l’état-civil) sont en cours de développement. La détection de comportements suspects est également un objet de recherche important… Leur application conjointe à des systèmes de vidéosurveillance pose de nombreux problèmes de violation de la vie privée.

Alex Türk s’inquiète qu’en France, contrairement à une partie non négligeable de l’Union Européenne (13 membres sur 27), le droit à la protection des données personnelles n’est pas constitutionnel… Ce qui serait une garantie forte et essentielle vu l’évolution exponentielle de la diffusion des nouvelles technologies.

Les inquiétudes de la CNIL sont bienvenues, car cette commission est clairement la seule entité française indépendante ayant un réel pouvoir de contrôle, et non purement consultatif, dans le domaine de l’Informatique et des Libertés. Si en France, et en Europe plus généralement, le réflexe « Informatique et Libertés » existe (ce qui n’est pas du tout le cas aux Etats-Unis par exemple), il ne faut pas tomber dans le piège de la non-vigilance individuelle, qui consisterait à baisser la garde parce qu’on pense être dans un environnement naturellement protecteur. Un Londonien est filmé en moyenne 200 fois par jour…

Alors, si l’objectif d’assurer la sécurité est nécessaire et justifié, il ne doit pas être un prétexte à une surveillance systématique de la part d’une grande variété d’acteurs. Les propositions de la CNIL semblent, si elles sont suivies d’effets, garantir un contrôle strict des mécanismes de vidéosurveillance. Espérons que l’appel sera entendu.

Tuesday, April 8th, 2008

L’apparente incompatibilité du libre et du propriétaire

Depuis quelques jours, suite à la diffusion de la décision de plusieurs pays, la normalisation du format de Microsoft Office OpenXML ne fait plus aucun doute. La France, pour sa part, a changé son vote [F.R.] d’un Non avec commentaires à une Abstention argumentée ce lundi 31 mars. Ce changement, même s’il ne semble pas avoir eu d’influence sur le résultat final au niveau international, a quand même provoqué de nombreuses réactions. En effet, l’AFNOR semble avoir changé de position dans le week-end précédent sa décision… Cet article de ZDnet.fr [F.R.] (relevé par Tristan Nitot [F.R.]) explique le tout en détails.

Ce qui m’intéresse plus particulièrement, outre tout ce que les weblogueurs et les journalistes relèvent et critiquent sur la forme et le fond, c’est qu’on a l’impression que le monde de l’entreprise - ou tout du moins d’un certain type d’entreprise axé sur le propriétaire et les stratégies monopolistiques - cherche à accentuer les préjugés et a priori négatifs qu’un grand nombre de gens peuvent avoir.

Je suis le dernier à rejeter en bloc le monde de l’entreprise. En soi, la logique de profit décriée par certains me semble essentielle, nécessaire dans le monde dans lequel nous vivons. Et mieux vaut l’accepter et en jouer le jeu, puisque libéralisme et capitalisme sont deux paradigmes économiques actuels, que de la rejeter en bloc et de tenter de trouver une alternative viable. Ainsi, de nombreuses SSII occupent intelligemment le domaine du libre, en offrant, plutôt que le logiciel en lui-même, les prestations périphériques. J’y reviendrai. De nombreuses entreprises, plus généralement, savent jouer le jeu de la concurrence, au grand avantage du consommateur.

Mais un - relativement - petit nombre d’entreprises s’obstine dans la voie du verrouillage, du monopole et de la propriétarisation. Petit nombre, certes, mais d’importance vu la taille des entreprises en question. Il est triste de voir que ces entreprises, qui peuvent proposer des produits intéressants, savent très bien se faire détester d’une part croissante de la population par leurs politiques de commerce et de communication inégales et parfois abusives. Que peut faire le monde du libre face aux pressions lobbyistes de grandes firmes bien implantées et aux vastes connexions ?

Cette mauvaise image s’étend malheureusement au monde de l’entreprise de manière générale, ce qui entraîne des réactions primaires regrettables des deux côtés. Une sorte de cercle vicieux. Plutôt que de faire persister et d’aggraver la fracture propriétaire/libre, une troisième voie semble plus appréciable. Les SSII implantées dans le libre sont un exemple. Les tentatives lobbyistes d’associations libristes un autre. Il ne faut pas tomber dans le piège de la condamnation généraliste. Luttons à armes égales :)

Thursday, April 3rd, 2008

MS Office et OpenOffice : y a-t-il une alternative à la politique commerciale de Microsoft face au renforcement du libre ?

Ayant découvert aujourd’hui la suite bureautique Microsoft Office 2007, j’ai été séduit par la qualité des logiciels produits par la firme de Mr Gates. Relativement peu gourmande en ressources (malgré les graphismes un peu trop fins pour une simple suite bureautique, qui font ahaner mon ventilateur), elle met à disposition des outils somme toute puissants. Je pense notamment à Word et Excel.

MS Word est d’une fluidité très agréable (bien que due en partie au fait qu’une part des fichiers nécessaires au fonctionnement de la suite sont chargés par défaut au démarrage de Windows, cela reste sympathique), et reste selon moi la référence en termes de mise en page. Je ne cherche vraiment pas à rabaisser OpenOffice Writer, qui est une alternative plus que décente, gratuite et multiplateforme, au produit de la firme de Redmond, mais force est de constater que l’on sent que ce sont des salariés à temps plein qui bossent sur la bêbête Word.

MS Excel est également un excellent tableur. L’ayant utilisé durant tout mon stage cet été, je sais à peu près de quoi je parle. C’est un outil puissant, utilisable dans de nombreuses situations et très fiable. On peut regretter son côté un peu fourre-tout : initialement, Excel n’est censé gérer que des tableaux. Allez comprendre pourquoi je m’en suis servi cet été pour gérer des bases de données simples… Malgré tout, il a tenu le choc. Le VBA, malgré sa lenteur d’exécution et sa gourmandise notoire, est un atout remarquable. La gestion de formulaires est également très pratique.

La suite Office est donc un produit réussi, et l’on ne peut que regretter certains défauts, liés non à des aspects techniques mais bien à des aspects économiques. Elle est vendue à un prix élevé, que j’ai personnellement du mal à justifier, bien qu’il soit toujours difficile de justifier le coût d’un logiciel (on en revient au débat de la rémunération du savoir : un logiciel a un coût de reproduction quasi-nul…).

Microsoft n’a jamais voulu la rendre compatible avec les formats OpenSource, et en particulier avec OOo. Evidemment, le danger serait grand : donner la possibilité aux utilisateurs de Word d’ouvrir leurs fichiers sous OpenOffice Writer est dangereux. Les spécialistes en marketing de Microsoft ont compris l’intérêt économique qu’ils ont de maintenir coûte que coûte la séparation entre les deux mondes.

Mais sans oser demander (requête utopique, et dont les conséquences ne sont pas forcément positives) la libération du code source de la suite Office, je trouve regrettable que l’intercompabilité ne soit pas assurée. Après tout, le produit Office a des avantages comparatifs nets vis-à-vis de ses concurrents. Le risque que tous les aficionados de Word le délaissent pour l’alternative libre est minime, et la situation se serait de toute façon déjà produite : après tout, un utilisateur d’OpenOffice Writer peut sauvegarder ses fichiers dans le format Word, s’il le souhaite.
Actuellement, l’absence de compabilité du marchand vers le libre tend selon moi plus à desservir les premiers qu’à les renforcer dans leur position dominante.

Une telle situation risque malheureusement de persister quand on sait qu’IBM, dont la notoriété est clairement plus grande que celle d’OpenOffice.org, a annoncé son association avec ces derniers afin de sortir une nouvelle suite bureautique, Lotus, réutilisant les codes d’OOo en y ajoutant le savoir-faire IBM. La concurrence grandissante ne fera pas changer de politique à Microsoft. Bill Gates n’a jamais été un informaticien : il est et restera un excellent commercial.

Wednesday, December 19th, 2007